Blog de Marc Candelier

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Le graphique ci-dessus vous donne, sur une période de plus de 40 ans, l'évolution du ratio Prix/Loyer moyen des logements anciens pour la France métropolitaine. L'indicateur est calculé à partir de données élaborées par l'INSEE: 

Indice trimestriel des prix des logements anciens - France métropolitaine - Ensemble - Indice CVS (Base 100 au 4ème trimestre 2000). 

Indice des prix à la consommation - IPC - Ensemble des ménages - France métropolitaine - par fonction de consommation - Loyers des résidences principales

Les chiffres de l'INSEE sont fiables mais connus avec un retard de 3 à 6 mois. Pour avoir un repère, j'ai prolongé la courbe (trait en pointillé rouge) sur la base d'une baisse des prix de 10% par an et une hausse des loyers de 2% par an. 

Ce graphique est mis à jour tous les 3 mois, dès que les chiffres de l'INSEE sont disponibles.

Définitions


Pm/L
correspond au ratio prix moyen à la vente sur prix moyen à la location. Il s'agit ici de prix observés sur le marché.

Pe/L
 correspond à un prix théorique calculé à partir des fondamentaux économiques, notamment les taux d'emprunt. C’est le prix d’équilibre Solution Achat = Solution Location. 

L
correspond au prix moyen à la location observé sur le marché.

Deux mots sur le prix d'équilibre Pe/L

Pe/L est calculé à partir des fondamentaux économiques, notamment les taux d'emprunt. Il donne un prix d'arbitrage Solution Achat = Solution Location. Mais attention, ce prix d’arbitrage ne tient absolument pas compte de la plus-value ou moins-value que vous allez avoir lors de la revente. Il est calculé sur la base d’un marché équilibré : La hausse des prix se faisant au même rythme que celle des loyers (Pm/L est constant dans le temps). Donc, en dehors de toute spéculation, à la hausse comme à la baisse, Pe/L est le prix d’arbitrage qui permet d’obtenir un rendement locatif égal à celui d’un placement sans risque. Il faut avoir à l’esprit que ce prix d’arbitrage n’est valable que pour une résidence principale. En effet, dans le cas d’un investissement locatif (j’achète pour louer) on calcule un prix d'arbitrage Pe/L au minimum 25% plus bas que celui d'une résidence principale: les frais sont largement plus élevés (2 loyers par an pour une résidence principale et >4,5 loyers par an pour un investissement locatif).

Pour en savoir plus sur le calcul de Pe/L et Pm/L  >> Estimation d'un actif immobilier 

Voir également >> La valeur d’un logement par le ratio Prix-Loyer


Analyse des derniers chiffres de l’INSEE

  

Sur un an, les prix ont baissé en moyenne de 9.2%. Sur le 3ème trimestre 2009 on enregistre une très petite hausse de 0,2% (soit une pente de +2.6% par an). Sur la même période les loyers ont progressé de 2,24% sur un an et de 0,59% sur le 3ème trimestre 2009. Par rapport au point le plus haut (1/1/2008), le Ratio Prix / Loyer présente une baisse de 12,12%. Les prix sont donc orientés à la baisse pour plusieurs années.


Très clairement le marché freine sa chute, aidé par les baisses cumulées des taux, des prix et les aides de l'Etat.  


La baisse des taux d'emprunt de ces derniers mois a pour effet de remonter le prix d'équilibre. Le ratio Prix/Loyer est maintenant inférieur au prix d'équilibre. Cela signifie que la solution achat redevient gagnante par rapport à la solution location (si, bien évidemment, on ne tient pas compte de la perte de capital due à la baisse des prix). Mais attention, les taux d'emprunt ne peuvent forcément que remonter lorsqu'ils sont très bas  comme en ce moment. Il est très important d'avoir conscience de la forte sensibilité des prix de l'immobilier aux variations des taux d'intérêt, voir cet article Peut-on arrêter la chute des prix en baissant les taux d’emprunt ? ainsi que les prévisions de taux de Meilleurtaux.com

Pour mieux comprendre le marché immobilier  Faut-il acheter pour se loger ? (1) 

 

Analyse du graphique (Rappel)

 

Sur les 40 dernières années, on observe une période de forte spéculation qui a duré 26 ans (1970 à 1996). Pendant toute cette période, le ratio Pe/L est largement inférieur à Pm/L. Seule la hausse des prix permettait de rentabiliser un achat immobilier. Cette période est marquée par deux bulles. La première bulle éclate en 1981 alors que les prix étaient en moyenne de 168 loyers. Elle a été suivie d'une baisse de 16%. La bulle suivante a eu lieu en 1991 et a atteint une amplitude de 169 loyers. La baisse qui a suivi a amené les prix autour 130 loyers (-23%).

La période 1996 à 2005 est caractérisée par une très forte hausse des prix qui a comme origine la très forte baisse des taux d'intérêt. Pendant pratiquement 10 ans les prix de l'immobilier ont été parfaitement cohérents avec les taux d'emprunt pratiqués sur le marché (Pm/L≈Pe/L). D'une année sur l'autre les prix étaient plus élevés mais la baisse des taux compensait assez bien la hausse des prix. Tout le monde était heureux: les vendeurs devenaient riches et les acheteurs allaient s'enrichir. A la fin de l'année 2005 le ratio Prix/Loyer était de 240, alors qu'il était de 130 au début de l'année 1997. La hausse de 85% de ce ratio montre très clairement que pendant toute cette période les loyers ont nettement moins progressé que les prix.

A partir de début 2006 les choses changent, car les taux ont commencé à remonter. En moins de trois ans ils ont été multipliés par 1,47 (soit 47% de hausse). Pour donner un ordre de grandeur, en 2005 les taux étaient de 3,4% alors qu'en octobre 2008 ils étaient autour de 5%. Cette hausse des taux de 147 points semble bien peu de chose, mais en fait elle a eu pour conséquence d'augmenter le loyer de l'argent de 47%.

Le coût du crédit devenant plus élevé, les prix auraient dû logiquement descendre. Malheureusement, pendant que les taux remontaient, les prix ont poursuivi leur ascension pour atteindre début 2008 un ratio Prix/Loyer de 262. C'est donc à partir de début 2006 que l'on pouvait réellement parler de bulle. Aujourd'hui les prix du marché sont complètement à côté de la plaque, notamment par rapport à l'évolution, sur la même période, de notre PIB et du pouvoir d'achat des Français.


Fin 2005, la croissance des prix de l'immobilier était proche de 15% et la hausse des prix nourrissait la hausse: la certitude que ce que j'achète aujourd'hui vaudra bien plus demain. L'acte d'achat dépendait uniquement d'un phénomène de psychologie de masse et non pas de l'analyse financière fondamentale. Il faut bien comprendre que cette croissance des prix (15% par an en 2006) permettait à un acheteur d'avoir un délai de retour sur investissement (ROI) inférieur à un an ! C'est-à-dire qu'au-delà d'un an il avait un équivalent loyer inférieur à celui de la solution location.


Bien évidemment cela ne pouvait pas durer. La hausse des taux ainsi que celle des matières premières ont entamé le pouvoir d'achat des acheteurs. L'affaire des subprimes nous a fait prendre conscience que nous étions au bout de quelque chose. Et maintenant la crise économique inquiète les gens. Ils ont peur de l'avenir. Tous ces problèmes ont la même cause racine : les excès de liquidité monétaire pratiqués ces dernières années. La masse monétaire mise en circulation a progressé trop vite par rapport à la croissance de notre PIB. Les taux d'intérêts ont été trop bas et pendant trop longtemps.

Au plus haut de la bulle, les prix rapportés au PIB par ménage présentaient une surestimation de 80%. Pour retrouver un marché cohérent avec les fondamentaux économiques, le ratio Prix/Loyer doit baisser de 45%. Les prix devraient donc descendre autour de 143 Loyers, ce qui correspond à un rendement brut de 12/(143 x 107%)=7,84% (avec 143 x 107%= capital investi, en comptant 7% de frais de notaire).  Ne pas oublier qu'en 1998 les prix étaient en moyenne autour de 130 loyers, et permettaient donc d'obtenir un rendement brut de 8,4%.

 

Dim 17 jan 2010 9 commentaires
Donc il suffirait que les taux montent pour que les prix se normalisent (i.e redescende vers les 140 loyers).

Toutefois, ils ne semblerais pas que les taux remontent dans les mois a venir (2011? 2012?)...entre temps on vois que la courbe (Ratio Pe/L) vient de croiser la courbe (Ratio Pm/L) qui signalerais presque un point ideal pour l'achat (si on regarde l'historique), ce qui est etonnant  (bien entendu si on etait dans un context de taux tres haut cela se justifierai)... Qu'en pensez vous?
UnPassant - le 17/01/2010 à 16h11
Si vous êtes convaincu que les prix sont stabilisés et qu'ils ne descendront pas plus bas, alors oui c'est un bon point d'entrée pour acheter. Pour moi la chute n'est pas termoiné.
Marc Candelier
Merci Marc pour votre travail
olivier - le 17/01/2010 à 20h14
Tout d'abord,merci pour les informations que vous mettez sur le site.

Sinon ce n'est pas ce que je suggere - au contraire mon point de vue penche plutot pour une baisse de l'immobilier de 20-40% d'ici 2012 (au minimu une baisse dure 4 ans, et celle ci pourrait durer plus longtemps du a la configuration demographique)

Ce que j'essaye de comprendre c'est que votre diagramme semblait signaler le contraire car quand les courbes se croisent ou que le differentiel entre les deux diminue c'est que le retournement est proche, bref on dirait un "conumdrum"...

UnPassant - le 17/01/2010 à 21h00
Oui, les courbes se croisent, mais cela est simplement du à la baisse excessive des taux d’emprunt. Lorsque les taux vont remonter, les prix repartiront à la baisse.
Marc Candelier

Merci, Marc, pour vos calculs rigoureux, donc précieux. Je pense également que le marché va baisser et que le semblant de reprise actuel sur le marché immobilier n'est que le reflet du semblant d'optimisme sur la prétendue reprise économique. Nous verrons d'ici quelques mois, d'ici quelques années. Dans vos calculs sur la comparaison intérêt location /achat, il serait intéressant d'intégrer le montant de l'apport.

Jean-Marc - le 18/01/2010 à 22h36
Pas besoin de se compliquer en intégrant le montant de l'apport. Sur la partie apport, pour savoir ou on en est, c'est très simple, on prend le rendement brut et on enlève les charges. Pour la partie apport, la période actuelle est donc très défavorable par rapport à l'historique (à paris, seule l'année 2008 est pire). Par contre, l'analyse de ce post est bcp plus intérressante et concerne la partie emprunt. Concernant la partie emprunt, on est plutot bien situé. Mais on parle ici du rendement hors plus ou moins value. Le rendement hors plus ou moins value est donc correct concernant la partie emprunt. Mais le rendement total sur lequel on se base pour savoir quand on arrive au retour sur investissement (au bout de 15 ans, 20 ans, 24 ans...), prend en compte les plus ou moins values.
Nam - le 19/01/2010 à 16h03
C'est la raison pour laquelle marc candelier n'est pas très chaud pour acheter en ce moment, même si ses courbes Pe/L et Pm/L se croisent.
Nam - le 19/01/2010 à 16h06
Bonjour,
Come le dit Marc, même s'il y a un regain d'optimisme sur le marché immo, cela reste purement un affaire psychologique pour la grandemajorité des acheteurs et des vendeurs.
Pour ceux qui creusent un peu dans la compréhension, on peut conclure à 1 chose:
Quand les taux d'intérêts remonteront, et que l'état arrètera de s'endetter (il ne pourra s'endetter ad vita eternam par les PTZ, crédits d'impots, pass foncier, scellier...) pour aider les français à acheter un bien surévalué, le marché immo se corrigera de lui même....
Ce qui m'ennerve le plus, c'est que l'état alimente les prix élevés de l'immobilier par l'endettement.
bebel - le 20/01/2010 à 14h14
super article !
est-ce que vous avez fait le même genre d'analyses avec le salaire, revenu ou revenu disponible ? par tranches de population, combien d'années ont doit travailler pou se payer une maison ? ca doit tre très révélateur de voir l'évolution, non ?
ybabel - le 23/02/2010 à 14h16
Voir cet article http://www.marc-candelier.com/article-22349261.html qui fait le lien entre le PIB par ménage et les prix ainsi que les loyers.
Cet autre article fait le lien entre le PIB et le revenu des ménages http://www.marc-candelier.com/article-27474969.html
Marc Candelier
merci, mais ca reste tout de même très abstrait !

J'ai fait le calcul me concernant. Par rapport a mon salaire de l'an 2000 et celui de 2010, il me faut 2X plus de temps pour payer la meme surface !!!!
Je trouve ce genre de chiffres plus parlant que des comparaisons d'indices.
Ok, je simplifie peut-être un peu trop, mais comparer le temps de travail qu'on doit effectuer pour se payer une surface replace tout de même les choses dans le temps, même si les taux d'intéret / inflations etc... jouent un role déformateur de cette "réalité"
ybabel - le 24/02/2010 à 23h47