Jeudi 8 septembre 2011
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La "démondialisation" est au cœur des primaires de la gauche et sera au centre de la prochaine élection présidentielle.. La convergence et la virulence des attaques dont ce projet
politique fait l'objet, en particulier les points de vue critiques publiés récemment dans ces colonnes par Zaki Laïdi, Pascal
Lamy et Pierre Lellouche, est un indice de
l'inquiétude qu'il suscite chez les tenants du libéralisme.
Leur thèse est connue : la mondialisation serait un phénomène inéluctable, parce que provoqué par des mutations technologiques irréversibles – "le porte-conteneurs et Internet", pour
reprendre les mots de Pascal Lamy. De surcroît,
l'économie mondiale aurait atteint un tel degré d'intrication que les notions d'exportation et d'importations en seraient devenues caduques. Considérée comme l'horizon indépassable de l'Humanité,
la mondialisation impliquerait "l'adaptation" des économies et des sociétés nationales. Seule la "régulation" permettrait de "maîtriser" ses "excès".
Quant aux millions de femmes et d'hommes que la mondialisation désespère – chômeurs au Nord, esclaves au Sud et à l'Est - ils n'auraient qu'à prendre leur mal en patience, ses bienfaits supposés devant nécessairement
se faire sentir "à long terme". Sacralisée à l'instar d'une loi de la
Nature, la mondialisation s'imposerait donc aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une absurdité" (Zaki
Laïdi), une "illusion démagogique", "une fable" (Pierre Lellouche), un "concept réactionnaire" (Pascal Lamy).
Bref, un véritable péché de l'esprit car, pour ses zélateurs, la mondialisation est une visée à la fois téléologique et théologique. Alors rappelons à ces esprits religieux que la loi de la
gravitation n'a pas empêché les hommes de construire des avions ni les avions de voler. Les seules lois qui s'imposent à l'homme sont celles de sa raison et de sa volonté. Ce qui a été fait par des hommes peut être corrigé -et pourquoi pas défait ?- par d'autres hommes.
Surtout, si elle tire effectivement une part de sa force de données techniques, la mondialisation est avant tout un projet idéologique pensé, voulu et mis en œuvre avec opiniâtreté par des
intellectuels et des responsables politiques, de gauche qui plus est. Le rôle central d'une certaine élite de la gauche française, incarnée par Jacques Delors, Pascal Lamy et Michel Camdessus, dans la conception et la promotion de la mondialisation, a été
décortiqué par Rawi Abdelal, professeur à la Harvard Business School, dans Capital Rules : The Construction of Global Finance, (Harvard University Press, 2007). Un livre qu'il serait de salubrité publique de traduire enfin en français et de faire lire au plus grand nombre.
Pénétrés de la supériorité du libre-échange, ces hommes se sont toujours considérés comme des progressistes en lutte conte les conservateurs du "vieux socialisme" dirigiste ; ils
persistent dans cette vision des choses : c'est ce qui donne son sens au mot " réactionnaire " dans la bouche de Pascal Lamy. Pour eux, en 1983, le choc de la "contrainte
extérieure" (c'est ainsi que l'on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel, l'occasion de faire valoir leurs conceptions en jouant du traumatisme politique qu'a représenté
sur le moment cette "fin des illusions".
Ils ont alors convaincu François Mitterrand de
libéraliser la finance. L'année 1983 n'a
pas été l'année de la capitulation de la gauche française devant la finance, mais celle de son ralliement à celle-ci ! Un ralliement dont les mots d'ordre auront été "maîtrise" et
"régulation". A partir de 1985, ayant
pris la tête de la Commission européenne (Delors et Lamy) et du FMI (Camdessus), ils ont diffusé cette politique de libéralisation financière à l'ensemble de la planète. Par leur habileté
politique et leur persévérance, ces "socialistes" français ont réussi à établir ce qu'il est convenu d'appeler le "consensus de Paris".
Suite de l'article (lemonde.fr)
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